Tesla Motors, les ingrédients d’une success-story 

Pour la petite histoire, Tesla est une société californienne fondée en 2003 par Martin Eberhard et Marc Tarpenning. Ils seront très rapidement rejoints par Ian Wright (pour quelques mois), JB Straubel, et (viré par)  Elon Musk qui y investira 6,5 millions de dollars…pour commencer la première année.

Inutile de revenir su le nom de la société « inspiré de l’inventeur serbe Nikola Tesla, physicien du début du 20ème siècle et connu notamment pour l’invention du moteur à électricité continue ou « AC induction Motor » en anglais et mort dans la pauvreté à cause de son ego et de Thomas Edison, sa Nemesis.

Pour la grande histoire, Tesla Motors, qui commercialisait alors environ 40 000 véhicules par an est entré au Nasdaq en 2014 pour plus de 23 milliards de dollars. Pour vous donner une idée de ce que cette somme représente, Fiat produit 2 millions de véhicules par an et est capitalisé à 9 milliards de dollars, soit 2 fois et demi de moins.

Fin 2016 Tesla Motors employait 18 000 salariés à temps plein. Ce chiffre ne cesse de croître avec la fusion avec Solar City et bien sur l’ouverture progressive de la Gigafactory située dans le Nevada.

Voilà pour l’historique. Mais quand est-il de l’intérieur ? Quelles sont les valeurs sur laquelle repose la culture de tesla ? Que peut-on en dire (en gardant un peu de recul sur cette entreprise qui déchaine tant les passions) ?

La culture Tesla

La culture de Tesla (Entreprise issue de la fusion de « Tesla Motors Inc » et « SolarCity ») ne cherche qu’une seule chose : Encourager les salariés à soutenir l’innovation dans son « double secteur » : Automobile et énergie.

Pour cela, la société promeut 6 principes qui responsabilisent les salariés et soutiennent l’esprit d’initiative et la recherche de solutions.

Move Fast

Vous notez qu’il n’y a pas le « ...and break things » qui a marqué les débuts de Facebook.
Si Zuckerberg encourageait à l’époque « l’esprit Hacker » en constatant que la plupart des entreprise ralentissent par peur de faire des erreurs, Musk encourage à faire vite pour corriger les erreurs.  Une erreur dans l’automobile ayant…comment dire…un peu plus d’impact qu’une ligne de code.

La vitesse est un élément important de l’avantage concurrentiel de Tesla qui part de plus loin et dispose de moins de moyens que les constructeurs historiques. Pour info, en 2016 en France les Modèles Tesla S et X avaient 4,33% de parts de marché alors que la Renault Zoé représentait 52,32% des ventes et le numéro 2 (qui appartient aussi à Renault) est la Nissan Leaf avec 17,84%.

Ce rapport à la vitesse de Tesla est historique, comme vous le découvrirez dans un Podcast à venir. Les équipes Tesla ont appris l’importance de la vitesse sur « le tas » en ayant 10 mois de retard sur la livraison du Roaster leur premier véhicule (ce qui n’a pas été étranger au remerciement du co-fondateur), 6 mois sur la model S et 10 sur la X. Le jury attend encore de se prononcer pour le Modèle 3 promis pour 2018.

Ce premier ingrédient de la culture Tesla souligne l’importance mise sur le développement des capacités des salariés à répondre rapidement aux tendances de leur marché, aux changements provenant de leurs clients et aux développements technologiques. De cette façon Tesla cherche à accélérer l’agilité et la résilience de ses équipes.

C’est ainsi qu’un Tweet de Loic Lemeur a été suivi d’action en 6 jours. On lui pardonnera son language.

Par contre, vite ne veut pas dire « trop vite ». Demandez à Emil Ellefsen et Henrik Tidemand Jorgensen qui ont quittés Tesla en 2015 avant d’ouvrir un garage/carrossier pour Tesla et dont l’accréditation officielle leur est encore refusé à l’heure actuelle.

Et n’oubliez pas que cette culture d’entreprise a été fondée par un type qui « aurait » dit « Combien de temps par semaine souhaite une femme ? Peut-être 10 heures ? Ca doit-être le minimum ? Je ne sais pas« .

Do the Impossible

Dans le développement de produits technologiques de pointe, Tesla doit s’assurer que ses salariés soient créatifs et capables de penser « outside the box » selon la formule consacrée et exaspérante. Cette caractéristique culturelle reconnait l’importance des idées nouvelles et des solutions non conventionnelles.

Ansi, comme le précise Arnnon Geshuri, le VP RH de Tesla, l’équipe de recrutement cherche dès le premier entretien à déceler  un certain état d’esprit : « Ils doivent avoir fait quelque chose d’extraordinaire dans leur emploi. Nous voulons des gens qui ont la capacité d’initier eux-même (self-initiating attitude)les actions à mener. »

Il précise aussi que « le candidat idéal doit être à l’aise dans l’ambiguïté et avoir, quelque soit son domaine, cherché à améliorer les choses sans cesse et si nécessaire combattu le système dans lequel il était pour le rendre meilleur« .

Et bien sur…cela signifie que les heures habituelles de bureaux  sont insuffisantes pour atteindre cet objectif.

Selon un collaborateur évaluant Tesla sur Indeed à 3 ★sur 5 (pas si mal) : cela peut signifier 66 heures par semaine.

Ce qui nous amène directement à la notion d’Ownership, du 5ème principe culturel « Think like owners ».

Ce qui tombe bien car certains témoignage de la page Tesla de Indeed le précise : La paie est plutôt moyenne mais il y a plein d’opportunités de croissance et de développement.

Ce qui est confirmé par les propos de Georg Ell, le directeur de Tesla UK/Ireland, rapporté par Forbes, que la récompense la plus importante est  » de donner la chance à des gens intelligents de travailler avec d’autres gens intelligents« .

Voilà voilà.

Constantly Innovate

L’innovation est au coeur de Tesla. Evidence. Cette caractéristique de la culture Tesla se concentre sur la nature continue, constante  et permanente de la nature de l’innovation.

Cette démarche est sans fin pour répondre à la stratégie en 3, puis 4 étapes annoncées par Elon Musk sur le blog de Tesla. Ici pour le « Master plan part 1 » récapitulant les étapes 1 à 3 et là pour le « Master plan part 2 » pour l’étape 4.

1. Créer une voiture chère qui se vendra peu (Roaster à $100K) en investissant l’argent disponible (Celui de E. Musk)
2. Utiliser l’argent gagné (levé auprès d’investisseurs rassurés sur la capacité de Tesla Motors à délivrer) pour développer une voiture un peu plus grand public (Modèle S)
3. Utiliser l’argent gagné (des ventes et de son introduction en bourse) pour créer une voiture abordable à destination du grand public.
4. Fournir de l’énergie solaire et le moyen de la stocker

Nous pouvons déjà imaginer ce que sera l’étape 5 :
5. Regrouper tout ce qui aura été développé par chaque entreprise Musk dans le domaine des vols spatiaux, de l’énergie et des systèmes de forage pour coloniser Mars.

Il suffit de comparer les dépenses en R&D de la marque avec les autres constructeurs pour se rendre compte que cette quête d’innovation n’est pas un effet de manche et que Tesla joue sur le long terme. Et vu l’obsession affichée de Musk que nous vivons dans une simulation, euh, non pas cette obsession là pardon, celle de coloniser Mars.

Maintenant, pour revenir sur terre, Tesla est prisonnière de sa fuite en avant. Les grandes marques – qui vendent plus de véhicules par jour que Tesla par an – rattrapent leur retard technologique tout en disposant d’une large base de clients fidèles. Pour cela tesla récompense l’innovation en utilisant par exemple des services comme Perk at work mais elle n’offre pas une model S à ses salariés après 4 mois d’ancienneté comme cette startup chinoise

Mais l’innovation ne concerne pas que les produits fabriqués par Tesla. Les process de fabrication, RH etc. sont également réinventé.

Ainsi, selon le concept de « Premiers principes » il a été demandé en interne : « A quoi ressemblerait la formation si c’était une fonction complètement nouvelle ? » Cette approche a permis la mise en place d’un programme de formation « just-in-time » pour les salariés de l’usine où grâce à un QR code collé à leur poste de travail ils peuvent accéder à des tutoriels.

Reason from “First Principles”

Là on touche au coeur de la culture startup et du mode de pensée qui est demandé aux collaborateurs.

Directement hérité du fonctionnement de Elon Musk (qualifié de « Michael Angelo et de Da vinci » par Georg Ell), ce trait de culture promeut le raisonnement par les « Premiers principes« .

Je reprend textuellement le chapitre introduisant ce concept dans l’article de Tim Urban de Butwaitwhy consacré au mode de fonctionnement de Musk qui le site directement:

« Je crois que généralement  le processus de pensée des gens est trop lié aux conventions ou à leur expériences passées. C’est très rare que les gens essaient de penser selon à quelque chose sur la base des premiers principes. Ils diront, “Nous ferons ceci parce uqe cela a toujours été fait de cette façon.” Ou ils ne feront rien parce que “Eh bien, personne n’a jamais fait ça, donc ça ne doit pas être bon.” En fait c’est simplement une façon ridicule de penser. Vous devez construire votre raisonnement à partir de zéro —“à partir des  premiers principes” selon le terme utilisé en physique. Vous regardez les fondamentaux et vous construisez votre raisonnement à partir de là, et alors vous verrez bien si vous avez une conclusion qui fonctionne ou pas, et cela peut très bien être, ou pas, différent de ce que les gens ont fait dans le passé. » 

En moins de mot : Remettre en question les raisonnement passés et s’interroger sur ce que l’on croit savoir pour changer nos croyances si besoin. Pour cela, comprendre les racines d’un dysfonctionnement et d’en corriger les causes et non les symptômes.

Il semble, sans que j’en ai encore eu la confirmation, qu’il existerait un programme en interne pour former les collaborateurs aux « Premiers Principes »

Think Like Owners

Là, nous sommes au coeur de la responsabilisation. la culture Tesla ne repose pas sur la motivation. Pour les plus jeunes, c’est une approche managériale datant de la fin du 20e siècle, dans laquelle les managers étaient responsables de la motivation de leur équipe. Ne riez pas ! #onrevientdeloin

La culture Tesla repose sur 2 principes complémentaires :
l’engagement individuel de chaque collaborateurs, notamment dans le développement des ventes. Quitte à licencier rapidement quand ça ne fonctionne pas.
la responsabilisation,  vu le niveau élevé d’engagement demandé, l’entreprise souhaite/a intérêt à ce que les collaborateurs sentent que l’entreprise leur appartient. Cet état d’esprit de la propriété supporte la vision et la mission de Tesla  en encourageant les collaborateurs prendre la responsabilité ET « l’accountability » de leur travail et de la performance du constructeur.

 

Pour info :

Accountable: “Obligation de rapporter, expliquer ou justifier de quelque chose dont la réalisation dépend de soi-même »
Responsable: “Devoir répondre de quelque chose dont la réalisation peut dépendre de quelqu’un d’autre qui est sous sa responsabilité »
 

A ce sujet, Tesla se vante d’ être une entreprise qui ne croit pas dans les chaines de commandement ou pyramide hiérarchique. Selon les mots de Musk lui même, à Tesla tout le monde doit se sentir libre de parler à n’importe qui – même à Musk lui-même – quand il s’agit de résoudre un problème qui a été identifié et dont ils proposent une solution.

Selon l’article de tehabo, il semblerait que des managers qui auraient tenté de court-circuiter cette liberté de parole aient été licenciés. L’influence et les relations permettent de réaliser beaucoup plus de choses que le rang et le titre.

We are ALL IN

S’il y a bien un élément qui marque les esprits immédiatement en entrant dans les locaux de Tesla, que ce soit au siège ou à l’usine, est qu’il n’y a presque aucun bureaux fermés.

La culture d’entreprise cherche à rassembler tous les salariés comme une unique équipe chargée d’améliorer sans cesse le fonctionnement de leur entreprise.

Selon l’analyse de Pauline Meyer,  ce système favorise le travail d’équipe pour éviter les conflits et développer, je cite, « La synergie des Ressources Humaines de l’entreprise en rendant la culture d’entreprise la plus efficiente possible pour maximiser  les bénéfices apportés par les talents et les compétences des salariés. Tout cela pour développer la compétitivité sur le marché. J’ai coupé cette phrase à un moment pour respirer.

Je me méfie toujours quand ça sent le pet de bisounours. Surtout que les retours des salariés sur Indeed ou Glassdoor tournent toujours autour des mêmes thèmes : Trop de (mauvais) management, pas assez de relation entre les managers et leurs collaborateurs, pas de management par l’exemple, pas de facilité d’évolution (sauf aux US bien entendu), manque de reconnaissance… Et je m’arrête aux avis les plus partagés. surtout que parmi ceux qui se plaignent il y a beaucoup de personnes qui sont toujours salariés. Ce qui met toujours un doute sur l’importance de ce qu’ils dénoncent.

Pourtant, l’engagement semple être un sujet primordial pour l’entreprise. De l’enquête d’engagement « Tesla360 » de 18 questions à son « Manuel d’intégration anti-manuel » de 4 pages (57 pages au départ) donné aux nouveaux salariés et dans lequel vous trouvez cette phrase concernant la présence au travail : « Si vous êtes quelqu’un qui se sent correspondre au plus hauts standards, notre « politique de présence » est exactement ce que vous attendez qu’elle soit :  Soyez la personne sur laquelle voter équipe peut compter. Soyez où vous êtes supposé être. Nous avons besoin de vous. Nous ne pouvons pas faire les choses quand nous n’êtes pas.” Bon, je réalise que ça sonne moins Nian-nian en Anglais.

Dans les idées à copier, que Tesla a d’ailleurs copié, l’entreprise dispose d’un « Answer bar », inspiré du « Genius bar » de Apple. Un endroit confortable où se trouve au moins 2 membres de l’équipe RH pour poser ses questions.

En facilitant l’accès aux réponses, les rumeurs n’ont pas le temps de courir. Les relations entre RH et salariés deviennent plus simples, ce qui accélère l’engagement et la responsabilisation. Personne à Tesla n’a répondu à ma question : Est-ce que de demander aux responsables RH de garder leur porte ouverte n’aurait pas eu le même résultat ?